Autisme, le mot qui fait peur.

“Autisme ?” Chut ! On ne dit pas de gros mots…. !

Valérie-Jessica La neurodiversité 8 commentaires

A-vant

Avant, dans un autre temps non informée et pas tant intéressée que ça à le savoir je ne m’intéressais pas à l’autisme. Je n’en connaissais que l’image de l’enfant non verbal qui se balance et comme je suis un moulin à parole qui déteste se bercer et qui fatigue seulement à regarder quelqu’un le faire, je m’imaginais être bien des choses, mais pas autiste.

U-niques

Mais l’autisme n’a pas juste un visage et aucun des aspects de son spectre n’a le monopole de l’appartenance à ce géant tout formé de personnes si différentes. Un monde auquel je n’avais aucune idée d’appartenir m’a ouvert les yeux sur ce mot avec un grand A. L’arbre A avec ses milliers de branches et de détours avec personne de pareil. De grands embranchements communs, composés d’une multitude de visions selon la branche sur laquelle on a poussé. Tous abreuvés par la même sève nous n’en avons pas moins évolué avec des résultats dans toutes les gammes de possibilités.

T-errorisée

Du jour au lendemain, j’ai su. La peur du mot s’est immiscée, un grand mot méchant qu’on croit ne pas avoir le droit de dire. Un mot qu’on entend handicap, un mot qu’on perçoit limité, un mot qu’on est persuadé être bourré de préjugés. Parce que nous même, ce mot, on ne l’a jamais démystifié alors comment est-ce qu’on pourrait demander aux autres de le faire. Un mot étiquette, un mot qui nous collera à la peau toujours puisqu’on est en partie ce mot ou du moins son représentant. On a peur de quelques lettres bien entassées A-u-t-i-s-m-e qui deviennent dans notre bouche un gros mot qu’on n’ose pas prononcer. Un terme qui une fois dit se tatouera à nous pour la vie. Comme si c’était une formule magique vers un monde parallèle et qu’on risquait de tout perdre dans le chapeau d’un vilain magicien.

I-dentité

Puis on s’essaye à le dire, est-ce que trois fois devant le miroir nous transformera en monstre poilu ? Est-ce qu’un A géant sera imprimé dans notre front ? On tente subtilement de le chuchoter, de l’apprivoiser comme s’il risquait de mordre, on le prononce à l’endroit, à l’envers et à la verticale puis finalement le mot n’attaque pas. Il reste tout tranquille en attendant qu’on soit familiarisé à sa présence. Il nous suit de son pas indiscret et ne se fait pas oublier. On réalise qu’on le craignait pour rien et qu’il est quand même un morceau de notre identité, il prend de la place, mais il n’est pas bien méchant. On le déplace vers nos bras un peu; il a trainé si longtemps au sol.

S-oulagement

On se rend compte qu’une fois qu’on arrête de l’ignorer à la traine tout seul derrière et séparé de notre corps, de notre tête de nos tripes et de notre cœur, il y a moyen qu’il nous fasse du bien, parce que le mot, c’est la formule d’accès pour prendre avec soi un morceau échappé de notre être, ce n’est pas un gros mot, c’est un grand mot, c’est une réponse, une compréhension et un soulagement de savoir. Le titanesque amplificateur de tout, le gigantiseur de sons, l’exagéreur de sensations, le malaxeur de ressenti n’est pas le fruit malsain d’un cerveau en déroute et nous ne l’avons pas imaginé. On a la permission d’arrêter de le cacher ce grand secret qui nous restreignait de ses serres. On n’est pas fou finalement, on n’est juste pas neurotypique.

M-iracle

On se fait lancer depuis toujours par la tête, par la peau, par les yeux et par les moindres particules de nos terminaisons des messages anarchiques sur lesquels on a gaspillé des montagnes d’énergie afin de dissimuler au monde entier qu’on les entend, qu’on les voit, qu’ils nous frottent, nous piquent, nous envahissent nous agressent et qu’ils sont omniprésents. On se dit, ils vont me médicamenter ? On le sait que ce n’est pas du délire, mais si on l’explique, n’y a-t-il pas un risque qu’on croie le contraire ? Comme idéalement on préfère éviter de se retrouver entre les murs capitonnés d’une capsule de protection contre l’extérieur et contre nous même, on fait excessivement attention, surveillance extrême une vie durant. Et tout à coup on a la permission ultime d’utiliser cette ressource d’énergie précédemment dédiée à un interminable combat interne/externe à un bien meilleur escient. On relâche la vigilance si durement élaborée afin de laisser libre cours à un naturel qui ne demandait qu’à s’étendre. Puis on a le droit, parce que c’est permis d’être comme on est. Je suis au Québec puis on est rendu là. On nous dit ose, sois toi, on va te prendre comme tu es. On n’y croit pas, on n’en revient pas, c’est un cadeau magique.

E-spoir

Le gros mot apeurant s’est transformé en arbre de connaissances. J’ai l’impression d’avoir à peine entamé son escalade. Je débute dans mon apprentissage de la découverte de ses aspérités et je n’ai pas encore trouvé mes chaussures de grimpeuse pour surmonter ma peur de son ascension. Pourtant je sais que c’est juste un début puis qu’on va réussir à bien s’entendre, lui, moi et toutes ses branches et feuilles. On continue, c’est juste un début. Ami-ami monsieur l’autisme ?

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